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« L'on ouvrirait les villes comme on ouvrirait les livres.
Les banlieues, les portes et les octrois se diraient préambules, prologues ou
introductions;
l'inverse également :des pages voudraient dire les rues, les chapitres les arrondissements,
et les titres des livres seraient des noms de villes.
Ainsi, les auteurs composeraient l'espace et le temps des livres comme les villes ont composé les
leurs.
Quand aux lecteurs, ils seraient les visiteurs, peut être citoyens de ces livres,
et ils en tourneraient les pages comme vont et viennent les gens dans la rue.
L'on pourrait donc selon le cas, s'absorber au fond des phrases comme un entrelacs de
ruelles,
ou s'en dégager en diagonale, comme au long d'avenues en étoiles...
Car l'espace et le temps se composent, et ils le font, dans un milieu donné,
selon des formes qui réciproquement s'appellent, où que l'être humain déploie sa
mesure.
Certains livres, du moins ont su nous en convaincre. Ils nous ont montré, par
exemple,
l'analogie des cathédrales aux discours scolastiques,
ou bien celle des poésies en chaîne aux villes de la seconde féodalité japonaise.
On bâtissait les unes comme on disait les autres. »
Augustin Berque
Du geste à la cité
Formes urbaines et lien social au Japon